Festival de Hyères 2014: l’inspiration venue de terres lointaines…

C’était la deuxième fois que j’allais au Festival de Hyères. Une expérience que j’avais hâte de renouveler d’autant plus que cette année j’étais adoubée du sceau de la légitimité fashion – Etudiante à l’Institut Français de la Mode!
Blason qui m’a valu d’assister au défilé des candidats en compétition.
Une navette nous embarque pour le bout du bout de Hyères dans le Hangar de la Mouture au Salin des Pesquiers (Ah c’est toute la mythologie de Christian Signol et des Gens de Mogador qui résonne en moi…), landes à l’air de bout du monde, balayées ce soir-là par le vent (très) frais. Là encore, le festival de Hyères a su garder son image de simplicité et de créativité: une longue allée cernée de lanternes nous fait parvenir dans le fameux hangar baigné dans une lumière rouge. Des fanions rouges pendouillent un peu partout, associés à des poteaux de bois peints en entremêlements de couleurs rouge et blanche. Un air de fête foraine flotte soudain dans nos têtes.
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Installées en « front row » pour savourer le plaisir futile du placement – libre – nous attendons que soient annoncés les candidats dont les mannequins vont sortir par une curieuse porte, à l’aspect immense, qui me plonge soudainement dans un autre registre – celui d’Alice – au pays des Merveilles. Je suis donc prête à découvrir ces merveilles…
La grande force du show, c’est l’attitude qui se dégage du port du vêtement. Et deux créateurs en particulier ont réussi en un passage à exprimer leur cri du coeur.
Anne Kluytenaar, des Pays-Bas, collection Homme « Lux is crossing », fait défiler des hommes aux traits fins, longilignes, à la démarche assurée et chaloupante, fumant leur cigarette avec cette gesture élégante et défiante à la fois. Des hommes. Habillés en femme. En femme Chanel. Aux colliers de perles et aux boucles d’oreilles. Aux tailleurs en tweed. Avec jupes ou robes aux genoux. Et pourtant aucun malaise. Juste un pur instant d’élégance et de finesse. Une collection inspirée de son histoire personnelle: celle d’un père transsexuel.
Yulia Yefimtchuk, d’Ukraine, collection Femme, fait défiler, à pas rapides et hachés, des jeunes femmes déterminées comme allant en guerre, la musique faisant effet et les vêtements cinglants la taille de foulards rouges. Les jupes sont déchirées en coupe droite, les vestes sont à l’allure « army » et les silhouettes parfois tagguées de slogans ukrainiens en grosses lettres blanches ou noires. La fulgurance du passage donne corps à la dénonciation, la colère, et l’oppression. Celle du communisme et de l’instrumentalisation du corps de la femme.
L’élégance absolue associée au travail et à la belle association des matières revient selon moi à deux autres créatrices.
Coralie Marabelle, une créatrice française – au nom à la poésie prédestinée – dont la collection porte le doux nom de « Dream Catcher ». A la première silhouette, elle nous transporte instantanément dans un autre monde qu’il nous semble reconnaître – Chapeaux en forme d’obus droitement fixés sur la tête des mannequins, blancheur des tissus, douceur et apaisement émanant des vêtements, je ne peux que penser aux Derviches Tourneurs de Turquie. C’est d’une autre contrée qu’il s’agit, tout aussi fantasmée de rêves d’orientalisme et d’exotisme, l’Iran. Les vêtements traditionnels des bergers tondeurs de moutons dégagaient – étrangement – eux aussi cette élégante solennité, ne trouvez-vous pas?
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Tondeurs de moutons iraniens, 1952 – Photo extraite du book de Coralie Marabelle
Coupes architecturales follement seyantes accessoirisées de plumes au coloris pastel ou de cristaux Swarovski. La silhouette Coralie Marabelle est dans une féminité à l’évanescence affirmée. Une belle synthèse de son travail chez Alexander Mc Queen et Maison Martin Margiela avec sa touche de poésie personnelle.
Coralie a gagné le Prix du Public et de la Ville de Hyères.
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Roshi Porkar, autrichienne, collection femme, elle aussi a emprunté élégance et solennité à une époque révolue et à une peuplade lointaine – « Les princesses de Bactriane », des statuettes afghanes du IIème millénaire avant J-C. Silhouettes imposantes et pourtant pleine d’élégance, structurées et souples à la fois grâce aux matières empruntant son aspect à la fourrure et aux plumes légères.
Roshi a gagné – ex-aequo avec Liselore Frowijn – le Prix Chloëphoto-117

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