Popy Moreni, le panache du chant des sirènes

« La mode est un sport de combat ».
Vous visualisez déjà le ring et les gants de boxe ou plutôt la presque image d’Epinal de la rédactrice de mode inhumaine au regard glacial et au tailleur impeccable.
Pour être dans le vrai et faire obstacle aux clichés, avec le groupe Média&Communication de l’IFM, nous avons voulu rencontrer des créateurs qui ont bénéficié d’un succès immense à une époque et qui, doucement, ou de manière fracassante, ont disparu de ce qu’on appelle grossièrement « le monde de la mode ».
J’ai eu la chance de rencontrer Popy Moreni. Un nom que je connaissais que trop vaguement de mes livres d’histoire de la mode et qui m’a tout de suite happé lorsque j’ai su qu’il était vêtu de rideaux de théâtre, d’amour pour la Commedia dell’Arte et d’engouement pour la magie. Avant de vous donner plus d’indications sur ses créations, laissez-moi vous conter notre rencontre…
Au 5ème étage d’un petit immeuble parisien du centre-ville, nous nous sommes retrouvées face à une porte blanche à laquelle nous ne devions non pas sonner mais toquer. La porte s’est alors ouverte sur un escalier blanc en colimaçon et sur une dame en noir aux cheveux blonds presque blancs tirés en arrière et aux lunettes noires à la Karl Lagerfeld. A la fois câline « Ah voilà les jeunes filles » et directive « Allez montez en premier », Popy Moreni nous a accueillies chez elle avec la malice d’une petite fille qui nous prépare un bon coup. Pour être surprises, nous l’avons été. A la dernière marche de l’escalier étroit, nous avons découvert un espace totalement inédit, presque un lieu d’art contemporain flottant sur les toits de Paris. Le blanc s’étalait sur les murs, sur le sol, recouvert de petits tapis ovales de la même teinte, sur les meubles – un lit rond, un canapé long, une table en demi-lune – sur la terrasse, le pont de ce qu’elle appelle son « paquebot ». Des hublots percés par ci par là nous rappellait cette invitation au voyage. C’est que cette ancienne « cabane » n’est pas grande, il a fallu optimiser l’espace et le rendre « autre » comme aime à le dire Popy. Au centre de l’appartement, elle a pensé l’étage comme pris dans une toile d’araignée auquel on parvient grâce à un escalier en double-révolution. Les fenêtres et les miroirs sont partout, qui donnent à voir les « toits » de Paris – La Bastille, le journal Libération, les clochers – et même le plus beau mais seulement si l’on accepte de déposer un centime dans un bol déjà bien rempli. Popy aime par dessus-tout la magie et l’instant présent. Elle s’amuse de voir ses invités intrigués scruter le hublot au-dessus de l’évier dans l’espoir d’y découvrir un miracle. Elle peut se targuer d’avoir la plus belle vue de Paris – La Tour Eiffel  qui se dévoile en tout petit petit comme enfermée dans un bocal. On sent qu’être invité chez Popy Moreni est un moment à honorer mais avec tendresse, humilité et partage. On est gentiment sommées de s’asseoir l’une à ses côtés, l’autre en face. Et puis invitées à chercher la salle de bains et la chambre du petit-fils à qui elle a fait installer une baignoire sur la terrasse immaculée de blanc parce qu’on ne pouvait pas construire de piscine. Une grande statue de la Vierge trône dans la pièce, parce que Paolo – Roversi – adore la Vierge mais elle ne l’aime pas. Un avion en polystyrène décore le salon et les ustensiles de cuisine deviennent objets de décoration par leur démesure. On se sent pousser des ailes, flotter au ciel ou voguer dans un océan clément, bref, on se sent hors du temps. C’est du surréalisme à la Dali, du kitch seventies mais pardon pardon c’est du Popy Moreni. « Pourquoi avez-vous donc besoin de toujours chercher des inspirations ? ». Une belle leçon de créateur: savoir écouter son moi intérieur et offrir cette inspiration au monde.
Popy Moreni c’est de la magie faite vie – pas de faux storytelling mais un amour immodéré de la vie qu’elle a eu la chance de vivre en histoires: 17 ans, première fois à Paris, habiter sur le toit du Moulin-Rouge et côtoyer ses voisins Jacques Prévert et Boris Vian. Popy Moreni, c’est de la fantaisie et la promesse d’un voyage artistique et intellectuel. Popy Moreni, c’est un peu la grand-mère – qu’on a eu – ou qu’on rêverait d’avoir. Son entrée dans la mode elle l’a faite comme ces passionnés qui y parviennent sans n’avoir rien demandé. Après une école d’art Italienne enseignant à la fois la mode, les costumes, l’architecture, et l’histoire de l’art –« Quelle chance d’avoir trouvé cette école pour une enfant aussi révoltée que moi! » – elle commence comme stagiaire préposée au « rangement des caves, du tri des journaux par années et des cahiers de tendances » chez Maïmé Arnaudin, fondatrice du premier bureau de style et d’analyse des tendances Mafia. Elle se fait très vite remarquer pour son style décalé: folle de bérets – pour s’en offrir, elle économisait les sous donnés par son père pour s’acheter des tickets de métro – toujours habillée intégralement d’une seule couleur vive, Popy a commencé à créer pour Mafia. Elle exprimera donc son amour pour l’art et l’éphémère à travers la mode « mais j’aurais pu faire du théâtre, de l’architecture, du design ». Elle fonde sa propre maison en 1973 et défile pour la première fois en 1980. C’est l’univers du spectacle théâtral et de l’extravagance chère aux années 1980 qu’elle privilégie: passionnée de formes géométriques et d’architecture, elle remet au goût du jour cet accessoire qui deviendra sa signature, la collerette. Elle met en scène ses mannequins dans des robes aux imprimés arlequins, aux formes d’un costume de clown et dans des capes satinées.
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              Modèle Automne-Hiver 1988/1989 – anciennement exposé au Palais Galliera – Crédits photos: site du Palais Galliera
Une boutique place des Vosges ouverte en 1976, une collection pour les 3 Suisses, des créations de sacs, chapeaux, bijoux et accessoires maisons et même trois parfums Popy, Fête et Cirque. Des collaborations artistiques pour des costumes de films – Charlotte Rampling dans “Tristesse et Beauté”, Nastassia Kinski dans “Maladie d’Amour”- et pour les feux d’artifices de Ruggieri. Beaucoup de ventes au Japon « ça me permettait de faire de l’argent » jusqu’au dépôt de bilan industriel en 2010 « la chose la plus terrible ça a été de perdre l’équipe parce que vous savez c’est toute une construction de rapports humains et vous en êtes coupé d’un coup » mais elle n’a pas voulu vendre son nom « L’argent ne suffit pas ». Aujourd’hui, Popy ne vend plus rien mais un détour par son appartement nous fait dire qu’elle devrait se lancer dans la décoration d’intérieur  » j’ai le projet d’un appartement d’un ami ». Mais « ça ne suffit pas », Popy veut transmettre aux « jeunes gens ». Cet optimisme acharné, cette indifférence pour la nostalgie et cette conviction profonde qu’il faut créer dans l’air du temps constituent un bien joli programme: » Je n’ai pas choisi, on fait partie de son temps, et on est à l’écoute de son temps. C’est une rencontre. A l’époque ce n’était pas encore l’époque du collectif. J’avais une forte et claire sensation que le monde changeait et que je voulais faire partie du chant des sirènes, et dire après ça c’est terminé. Et j’avais la possibilité, moi plus que les autres de faire un jonglage avec les dernières balles que la vie vous donne ».
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                                                                                  Campagne shootée par Paolo Roversi
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                                                                                             Popy Moreni par Paolo Roversi
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                                                                                          Automne-Hiver 1988/1989

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