Françoise Giroud: le fardeau de la liberté

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Photo Louis Monier/Rue des Archives (extrait d’un article de Paris Match)

Ces temps-ci, j’aime à découvrir les parcours de vie des artistes, des journalistes, des écrivains, tous ceux qui me fascinent et me confortent dans mon désir de partager par l’écriture.
Quelle belle occasion alors de mieux connaître l’une des pionnières féminines du journalisme, Françoise Giroud, à travers son « autobiographie cachée » publiée par Gallimard en ce début d’année 2013.
Texte inédit (1), retrouvé par Alix de Saint-André – amie proche et biographe -, que Françoise Giroud écrivit juste après sa tentative de suicide, à l’été 1960. Plaquée par son grand amour, Jean-Jacques Servan-Schreiber, virée de L’Express, son « enfant » qu’elle avait fondé avec JJSS en 1953 , elle n’est plus sûre d’avoir une place sur cette terre. Mais le sort en décide autrement. Elle vivra.
L’écriture sera son salut, sa psychanalyse. Elle aurait aimé en faire un roman, « pour ne pas porter atteinte à d’autres », mais elle « n’a pas triché ». Au fond, une journaliste, ancrée jusqu’au bout dans sa vocation: « C’est simplement un reportage: l’histoire d’une femme libre ».
Tel un sacerdoce, Françoise Giroud n’a jamais cessé d’éprouver sa liberté. Déjà, dans ses jeunes années, partagée entre une famille bourgeoise et une mère qui veut subvenir seule à leurs moyens, elle découvre qu’elle est hors-cadre : « ( …) Combien de fois penserai-je : « Il n’y a pas de place pour moi. Ni ici, ni là. Nulle part (…) ».
Elle revendique très tôt un refus de l’enchaînement. Libre de toutes conventions, n’appartenant à aucune sphère sociale, aucun courant politique et luttant contre ce qu’elle appelle « Le Mal », l’Argent et son pouvoir, qui lui ont fait grand mal dans sa jeunesse. C’est pour l’écarter qu’elle se mêle aux ouvriers des studios où elle travaille lors des grèves de 1936 : « (…) cette dignité que je souffre d’avoir perdu, ce sont les miens qui me la contestent – et (…) ce sont les autres qui peuvent me la rendre, ceux avec qui je travaille », l’évitant de justesse ensuite : « j’ai failli, à deux reprises, entrer par le mariage dans le camp de l’Argent. (…). A deux reprises, j’ai tout cassé », lucide, enfin, sur son travail : « J’ai conquis sur un autre terrain ma parcelle de pouvoir » mais fidèle à sa ligne de vie : « Le journal que l’on m’avait prêté, je l’ai rendu ».
Mais cette liberté a un prix. Françoise Giroud semble le confesser à travers ces lignes parfois contradictoires et ces mots qui tentent de justifier toute une vie. L’amour passion l’a emportée, c’est pour lui qu’elle a perdu goût à la vie : « Ma liberté, j’en connais la limite. Je l’ai touchée le jour où j’ai voulu abréger ma vie pour sortir d’un camp de concentration où je m’étais enfermée, et dont je ne trouvais pas l’issue ». Car comment concilier l’amour et la liberté pour une femme de son époque ? Un seul choix était possible, implacable : embrasser ce qu’elle appelle la « carrière » du mariage « si l’on veut avoir une chance de succès » ou être indépendante financièrement. Ou bien… « cette double existence, cette permanente acrobatie vers laquelle tend une toute nouvelle race de femmes (…) Je ne la recommande pas ». Féministe avant l’heure, elle a failli donné sa vie pour un homme qui l’avait rejeté, JJSS. Alors « ressuscitée », la vie l’a rattrapée. Il lui fallait vivre et la seule façon était de retrouver sa totale liberté. Une ligne de vie forgée et tracée, celui d’une femme libre. Un fardeau?  peut-être, mais une conviction : « Je suis une femme libre. J’ai été, donc je sais être, une femme heureuse…Qu’y-a-t-il de plus rare au monde? »
(1) « Histoire d’une femme libre », de Françoise Giroud, éd. Gallimard, 248 pages, 18,50 euros

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